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Nous avons trois semaines pour parcourir l’île à vélo, ce qui est à la fois beaucoup, mais pas assez pour pouvoir en faire le tour (la grande île des Caraïbes fait plus de 1200 kms de long). Et puis les « beaux traits » sur une carte ne sont pas forcément les plus beaux parcours dans la réalité, alors nous décidons de partir un peu dans l’inconnu niveau itinéraire. L’idée de départ est d’aller jusqu’à l’extrémité occidentale de l’île en passant par la côte nord, puis de revenir plus à l’est par des routes plus vallonnées traversant plusieurs petits massifs montagneux. Pour la suite, on verra en cours de route suivant notre avancée et le temps restant.

Une sortie de ville appréciée

Dès la sortie de La Havane, l’agitation urbaine laisse place au calme sur la route, et nous nous rendons vite compte que ce ne seront pas les voitures qui nous dérangeront tant elles sont peu nombreuses. En réalité, les véhicules les plus rencontrés sont les carrioles tractées par les chevaux pour le transport des familles, les bœufs pour celui des marchandises, les tracteurs équipés de remorques à bétail en guise de transports en commun (avec les passagers à la place du bétail), tout comme les gros camions russes ou chinois « tunnés » d’un mobile home de chantier sur le train arrière pour accueillir les passagers… Bref , c’est un vrai musée d’antiquités pour nous, avec pour cerise sur le gâteau quelques rares voitures qui seraient depuis longtemps considérées comme modèles de collection chez nous.

Premiers panoramas cubains depuis son vélo

Les premiers jours sont très plats, mais très chauds aussi, et cette chaleur on ne peut plus humide nous fatigue bien vite (heureusement que nous sommes pendant la période la plus « fraîche » de l’année !). On se régale quand même à prendre des routes « de cour de ferme », en passant dans des coins ruraux où nos seuls compagnons de route sont quelques jeunes à vélos (en acier modèle années 50’) qui se rendent aux champs, des piétons marchant parfois en plein soleil au milieu de nulle part, et les chevaux et bœufs encore et toujours ; on slalome entre nids de poules et riz en cours de séchage sur la route.

Sur le côté de la route, on s’habitue à voir ces petites parcelles de cultures labourées à l’ancienne à la charrue tractée par les bœufs, et à ces dos courbés des paysans cubains qui s’affairent au travail de la terre avec si peu de moyens. De temps en temps, on tombe entre deux champs sur de très gros immeubles à la soviétique version tropicale (difficile à s’imaginer), que nous apprendrons plus tard être des logements pour les familles d’employés des entreprises (d’Etat évidemment) ou bien des écoles d’apprentissage pour futurs agriculteurs.

Parce que le cycliste ne tourne pas (que) à l’eau

Nos arrêts sont ponctués par la présence de petits kiosques vendant les incontournables, à savoir des sodas (presque toujours « maison » dans des anciennes bouteilles de sodas recyclées à l’infini), des pizzas tomate-fromage on ne peut plus simples, et des « pan con… », ces pains secs dans lesquels on fourre une omelette, ou bien un bout de jambon, ou encore simplement de la mayonnaise pour la formule plus économique… Nous apprenons alors à nous réjouir d’une version luxe de ces kiosques où une pizza peut être composée de jambon ET fromage, rare et réservée aux plus riches puisqu’elle coûte 10 pesos soit environ 35 centimes d’euro (contre la moitié pour les plus « sencillas »).

Dans certains villages, il y a également des cafétérias ou restaurants d’Etat, où les mêmes plats de base sont servis pour une somme dérisoire, et où les habitants viennent aussi bien remplir leur bouteille de soda que de rhum à n’importe quelle heure de la journée (les deux coûtant presque le même prix !). Ce sont ces occasions qui nous permettent de discuter avec les gens (ou du moins ceux qui parlent de la manière la plus intelligible, car pour d’autres ça relève du parcours du combattant, nous défions même un espagnol de les comprendre !), souvent curieux et ayant du mal à comprendre pourquoi nous visitons le pays à vélo et non en voiture si nous en avons les moyens…

Quelques idées sur les cubains

On cite souvent en exemple le niveau d’éducation des cubains, et il est vrai que nous avons été surpris plus d’une fois par les connaissances et la culture générale des personnes rencontrées au détour d’une rue ou dans une cafeteria. Quand un cubain ne parle pas un français ou un anglais très correct (d’autant plus que la grande majorité n’est jamais sortie de son pays), ce sont les références précises sur le cinéma français ou d’autres éléments de la culture française qui nous épatent.

Un autre fait marquant, c’est cet american dream qui semble toujours être d’actualité pour beaucoup, et ce malgré l’image de « grand méchant » concernant les Etats-Unis qui est inculqué aux cubains depuis leur plus jeune âge et véhiculée par les médias nationaux. Combien de cubains nous ont dit avoir une sœur ou une tante travaillant chez les « yanquis » comme ils les appellent (les transferts d’argent des Etats-Unis vers Cuba liés à ces immigrés représenteraient près d’1/3 des revenus de Cuba !), combien d’autres nous on dit y avoir tenté leur chance, et encore d’autres qui portent des tenues très inspirées de la culture américaine (jusqu’aux bandeaux et pantalons imprimés du drapeau américain !)…

Les cubains semblent pourtant être conscient aussi des acquis de leur pays, que ce soit en matière d’éducation comme de santé, et même s’ils osent avouer qu’ils ont peu d’argent et que la vie n’est pas toujours facile avec eux, aucun n’aura jamais ouvertement critiqué la politique de son pays devant nous.

Fin du triptyque manger, pédaler… et dormir

Pédaler c’est bien, communiquer aussi, manger n’en parlons pas, mais il faut aussi dormir de temps en temps. Pour ça, Cuba propose deux options : les grands hotels resorts, type Varadero, des genres de club med grand format « all inclusive » (vous l’aurez compris c’est pas vers celle-ci que l’on s’est dirigés), et les « casas particulares », des chambres chez l’habitant. Pour cette deuxième possibilité, les propriétaires reçoivent une homologation et sont tenus de reverser une partie de leurs revenus à l’Etat chaque mois.

Dès le premier soir cependant, nous nous sommes retrouvés dans un village sans casa particular, et l’on se rend vite compte que ces dernières sont en fait uniquement présentes où il y a une vraie concentration de touristes ; or, quand on avance à vélo, il y a bien des nuits passées en dehors des coins touristiques… Pas de panique, même si cela peut être à l’origine d’une amende si un voisin vous dénonce à la police, il y a (presque) toujours quelqu’un prêt à prendre le risque de vous héberger tant l’enjeu économique est de taille. Pour être concrets, une nuit à deux coûte en général 20 CUC (=US$), et l’on peut rajouter souvent a minima 10 CUC pour le dîner et le petit déjeuner, ce qui revient… à plus d’un mois de salaire moyen cubain pour une nuit d’hébergement d’étrangers chez vous.

Melia et son fils... Jaysen!

Dans les faits, nous avons passé plus de la moitié des nuits dans des hébergements non officiels, alors que le gouvernement cubain se montre particulièrement ferme face aux hébergements clandestins. Parfois obligés de rentrer « discrètement » en faisant attention que personne ne nous voit arriver en raison de notre accent étranger, c’est pourtant dans ces cas-là que l’on échange souvent le plus avec la famille qui nous héberge et que l’on se sent le mieux accueilli. Pour l’anecdote, ces chambres officieuses sont souvent louées aux cubains à l’heure pour la rencontre de couples illégitimes, avec souvent une décoration érotique plutôt kitsch à la clef !

Retour sur les routes

Côté parcours, comme nous l’avons dit, il faudra attendre le cinquième jour pour voir la pente s’élever de temps en temps sur la route. Mais le reste n’est pas de tout repos, car étant adeptes des routes secondaires, il faut souvent faire face à un revêtement devant parfois dater d’avant révolution (c’est un peu l’échelle de temps de base ici). On regrette de ne pas avoir de VTT avec nous car les nids de poules et le bitume en pointillé nous tendent les muscles du dos et de la nuque… il y a même parfois des pistes qui longent la route lorsqu’elle est mauvaise, et qui se révèlent bien plus confortables que le bitume.

Notre 8ème journée à vélo s’annonce plus facile car le mercure a bien baissé… mais c’est sans compter les autres facteurs du jour qui la surnommeront « journée du VTT et de la montée » : nous commencerons la matinée par des pistes, qui se transformeront même par moments en sentiers, puis retrouverons la « route » (si on peut appeler comme tel un goudron par intermittence de plusieurs décennies) pour devoir gravir des pentes qui feraient peur à Ghislain Lambert lui-même… Nous passons en effet par la zone protégée de Mil Cumbres (littéralement « les mille sommets »), qui démentira comme il faut notre apriori des routes cubaines plates puisque nous mettrons plus d’une heure et demi à effectuer 17 kms composés d’alternance de côtes très raides et de descentes tout autant pentues. Nous arriverons enfin à un petit kiosque à pizzas à 15 heures de l’après-midi, affamés car nous n’avions rien trouvé d’autre à manger qu’une orange trouvée sur le bord de la route depuis le petit matin. Heureusement, la région est très belle et fait un peu oublier que le vélo c’est dur. Nous sommes entourés de sommets calcaires où la végétation est luxuriante, et les grains de café remplacent le riz en mode séchage sur la route. Nous terminerons cette longue étape peu avant la tombée de la nuit, après avoir eu du mal cette fois-ci à trouver une maison qui veuille bien de nous pour la nuit.

Le lendemain, nous laissons nos forces non pas dans les difficultés du parcours, mais à braver le très fort vent de face qui semble s’opposer à notre avancée. Nous arrivons tant bien que mal dans la petite ville de Batabano, et nous rendons vers « la playita » pour notre baignade de récompense. Si la plage n’est pas vraiment à la hauteur de nos espérances (loin de la plage de carte postale, il s’agissait plus d’une mer brunâtre au sol vaseux…), nous y faisons une belle rencontre avec le groupe de cubains qui travaille sur la « base de loisirs » de la plage. Nous sympathisons toute la fin d’après-midi, et nous faisons convaincre de repousser un peu notre départ le lendemain pour se revoir et partager un repas créole (avec de la langouste au menu) ! L’occasion de discuter longuement de la vie à Cuba, sans tabous, est trop belle, et les gens trop gentils, pour que l’on puisse refuser.

    2 Commentaires

  1. et voilà je viens de lire un de vos derniers articles… triste que ça se termine car je me suis régalée pendant 1 an mais contente aussi à l’idée de vous revoir (car j’espère bien que vous allez passer par Aix !). en tout cas toujours autant de magie dans vos récits et de superbes photos.
    a bientôt. je pense que vous savourez votre retour dans la famille !!!
    bises

    • Non c’est pas fini Mimi!! Il en reste encore au moins 2 à mettre en ligne, et on vous préviendra quand ce sera le dernier!

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